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Patrimoine naturel

Espèces exotiques envahissantes

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publié le 4 novembre 2016

L’introduction d’espèces exotiques envahissantes est aujourd’hui considérée au niveau mondial comme la deuxième cause de perte de biodiversité (au niveau mondial en raison des effets sur les espèces endémiques dans les îles), après la destruction des habitats.

L’installation et/ou l’introduction d’espèces nouvelles sont des phénomènes anciens. Ils ont pris néanmoins une ampleur croissante du fait de la forte augmentation des introductions d’origine humaine, (volontaires ou fortuites), facilitée par la multiplicité des voies de communication et l’intensification des échanges.

Ces espèces introduites peuvent parfois donner lieu à une prolifération avec des impacts massifs sur les écosystèmes autochtones. On parle alors d’espèces exotiques envahissantes.

Une espèce exotique envahissante est une espèce (animale ou végétale) exotique (allochtone, non indigène) dont l’introduction par l’homme sur un territoire menace les écosystèmes, les habitats ou les espèces indigènes avec des conséquences écologiques, économiques et sanitaires négatives.

La définition retenue au niveau international : espèce introduite par l’homme en dehors de son aire de répartition naturelle, volontairement ou accidentellement, dont l’implantation et la propagation menacent les écosystèmes, les habitats ou les espèces indigènes, avec des conséquences écologiques, économiques ou sanitaires négatives.

Le règlement européen N°1143/2014 du 22 octobre 2014 relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction des espèces exotiques envahissantes donne la définition suivante : une espèce exotique dont l’introduction (le déplacement, par suite d’une intervention humaine, d’une espèce en dehors de son aire de répartition naturelle) ou la propagation s’est révélée constituer une menace pour la biodiversité et les services écosystémiques associés, ou avoir des effets néfastes sur la biodiversité et lesdits services.

Les espèces dont l’aire de répartition naturelle évolue sans intervention humaine, en raison de la modification des conditions écologiques et du changement climatique ne sont pas considérées comme des espèces exotiques envahissantes.

La réglementation actuelle est complexe, et se base sur plusieurs textes.

L’article L411-3 du code de l’environnement constituait, jusqu’à la parution du règlement européen N°1143/2014 du 22 octobre 2014, la base législative sur laquelle pouvait se baser le législateur en France afin d’interdire l’introduction d’EEE dans le milieu naturel (volontaire, par négligence ou par imprudence).

I. - Afin de ne porter préjudice ni aux milieux naturels ni aux usages qui leur sont associés ni à la faune et à la flore sauvages, est interdite l’introduction dans le milieu naturel, volontaire, par négligence ou par imprudence :
De tout spécimen d’une espèce animale à la fois non indigène au territoire d’introduction et non domestique, dont la liste est fixée par arrêté conjoint du ministre chargé de la protection de la nature et, soit du ministre chargé de l’agriculture soit, lorsqu’il s’agit d’espèces marines, du ministre chargé des pêches maritimes ;
De tout spécimen d’une espèce végétale à la fois non indigène au territoire d’introduction et non cultivée, dont la liste est fixée par arrêté conjoint du ministre chargé de la protection de la nature et, soit du ministre chargé de l’agriculture soit, lorsqu’il s’agit d’espèces marines, du ministre chargé des pêches maritimes ;
De tout spécimen de l’une des espèces animales ou végétales désignées par l’autorité administrative.

Faune

Vertébrés :
L’arrêté du 10 juillet 2010 interdit l’introduction dans le milieu naturel d’espèces de vertébrés :

  • espèces chassables (classées gibier) : arrêté 26 juin 1987,
  • espèces classées nuisibles : arrêté 26 juin 1987 cité plus bas.

L’arrêté du 31 juillet 2000 établissant la liste des organismes nuisibles aux végétaux, produits végétaux et autres objets soumis à des mesures de lutte obligatoire

L’article R432-5 du code de l’environnement fixe la liste des espèces de poissons, de crustacés et de grenouilles susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques dans les eaux et dont l’introduction dans ces eaux est, de ce fait, interdite.

Insectes :
L’arrêté du 22 janvier 2013 interdisant sur le territoire national l’introduction de spécimens du frelon à pattes jaunes (Vespa velutina).

Flore

Seules les 2 espèces de Jussies présentes en France ont fait l’objet d’un arrêté d’interdictions à l’heure actuelle :

  • L’arrêté du 2 mai 2007 interdit la commercialisation, l’utilisation et l’introduction dans le milieu naturel de Ludwigia grandiflora et Ludwigia peploides.

La stratégie européenne relative aux espèces exotiques envahissantes encourage la mise en œuvre des mesures coordonnées dans l’ensemble des pays de l’Europe afin de prévenir ou de minimiser les impacts de ces espèces sur la biodiversité, l’économie et la santé.

10 à 15 % des 12 000 espèces exotiques présentes dans l’Union Européenne sont invasives.

Le Règlement européen (1143/2014) relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes a été adopté le 22 octobre 2014. Il a pour objectifs de prévenir, de réduire et d’atténuer les effets néfastes sur la biodiversité de l’introduction et de la propagation d’espèces exotiques envahissantes, au sein de l’Union. Il établit, sur la base d’une évaluation des risques, une liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union. Cette liste regroupera les espèces « ayant des effets néfastes importants sur la biodiversité ou les services écosystémiques associés », et nécessitant « de prendre une action concertée au niveau de l’Union ». Chaque État pourra établir, selon la même méthode, une liste des espèces jugées préoccupantes sur son territoire. Des listes pourront également être établies entre États membres. Les espèces préoccupantes pour l’Union sont interdites d’importation, de transport, de commercialisation, de culture, d’introduction dans l’environnement… et « les États membres doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir l’introduction ou la propagation non intentionnelle, y compris, le cas échéant, par négligence grave, d’espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union ».

La Commission Européenne a adopté le 13 juillet 2016 la première liste des espèces préoccupantes pour l’UE (règlement d’exécution 2016/1141) : 37 espèces exotiques envahissantes ont été désignées, dont 14 pour la flore et 23 pour la faune (9 mammifères, 3 oiseaux, 1 reptile, 1 amphibien, 2 poissons, 6 crustacés, 1 insecte) : 22 sont présentes en France : 2 sont actuellement absents en France et doivent donc faire l’objet de mesures de surveillance afin de détecter rapidement leur apparition.

À partir de cette liste d’espèces préoccupantes pour l’UE, la proposition de règlement prévoit trois types d’intervention :

  • Prévention : une série d’interdictions s’appliqueront aux espèces de la liste de l’Union (introduction, mise en situation de se reproduire, de transport, de commercialisation, d’utilisation, d’échange, de détention et de libération dans l’environnement).
  • Alerte précoce et réaction rapide : les États devront mettre en œuvre un système de surveillance, de recherche et de suivi des espèces exotiques envahissantes. Tout État membre qui constate l’installation d’une de ces espèces prendra immédiatement des mesures d’éradication précoce.
  • Gestion des espèces exotiques envahissantes préoccupantes déjà installées : si une des espèces listées est déjà largement répandue, des mesures visant à réduire au minimum les dommages qu’elle occasionne devront être mises en place par les États membres.

La lutte contre les espèces exotiques envahissantes correspond à un engagement fort du Grenelle de l’Environnement (article 23 de la loi Grenelle du 3 août 2009).

  Ragondin

Ragondin - Crédit photo : Agnès Bergeon DREAL Nouvelle-Aquitaine Le Ragondin a été introduit en Europe au début du 19e siècle pour sa fourrure. Échappé d’élevages ou lâché volontairement, il a rapidement colonisé la majorité du territoire français.

Le Ragondin est reconnaissable à ses quatre grandes incisives orange tirant sur le rouge.

Son corps est recouvert de fourrure imperméable est terminé par une queue cylindrique. Ses pattes postérieures sont palmées et ses narines obturables.

Il est actuellement classé comme nuisible en raison des dégâts importants qu’il cause en minant les berges pour creuser son terrier, et en détruisant, entre autre, des nids d’oiseaux aquatiques.

  Vison d’Amérique

Vison d'Amérique (Mustela vison) - Crédit photo : Marie Laboeuf Le Vison d’Amérique, petit carnivore de la famille des Mustélidés, fait partie des nombreuses espèces exotiques introduites en France à des fins commerciales qui colonisent aujourd’hui nos territoires.
Ainsi, le Vison d’Amérique introduit à des fins d’élevage mais échappé dans la nature, concurrence le vison d’Europe qui est lui-même très menacé.

Sa présence dans le milieu naturel est la conséquence d’évasions régulières des élevages pour l’industrie de la pelleterie installés à partir de 1926. C’est en 1980 qu’apparaît la population du sud-ouest de la France.

La diversité de milieux humides : cours d’eau, zones marécageuses, prairies bordées de fossés en font son habitat.
Prédateur généraliste et opportuniste, le Vison d’Amérique se nourrit de petits mammifères, d’espèces d’oiseaux liées au milieu aquatique, de poissons, d’amphibiens voire de volailles élevées.
Il est également vecteur de maladies transmissibles à la faune indigène et à l’homme (maladie de Carré, parvoviroses, leptospirose…)
Pour la faune, un arrêté fixe la liste des vertébrés terrestres invasifs interdits d’introduction sur le territoire national.
Arrêté du 30 juillet 2010 interdisant sur le territoire métropolitain l’introduction dans le milieu naturel de certaines espèces d’animaux vertébrés.

  Tortue de Floride

Tortue de Floride (Trachemys scripta elegans) - Crédit photo : Sandrine Saurat - Cistude Nature Elle occupe une grande variété de milieux aquatiques et dans son habitat typique des marais de Louisiane, elle est commune. Comme la plupart des espèces de tortue aquatiques elle passe la majorité de son temps dans l’eau ou en bain de soleil.

La taille des spécimens peut atteindre 30 cm pour un poids de 2 à 3 kg à l’âge adulte. Elle se reproduit à partir de l’âge de cinq à sept ans et peu vivre jusqu’à 60 ans. Les adultes sont omnivores.
Le commerce de ces tortues a commencé dans les années cinquante.

De nombreux pays européens et asiatiques ont importé de grandes quantités de jeunes tortues à tempes rouges. Plus de 4,2 millions ont ainsi été importés par la France.
La taille des spécimens peut atteindre 30 cm pour un poids de 2 à 3 kg à l’âge adulte. Elle se reproduit à partir de l’âge de cinq à sept ans et peu vivre jusqu’à 60 ans. Les adultes sont omnivores.

Beaucoup ont été relâchées dans le milieu naturel, causant des dommages à la faune et à la flore autochtones. Dans certaines régions, les tortues ainsi acclimatées se reproduisent et les observations de jeunes tortues à temps rouges dans les milieux naturels se multiplient. Sans prédateur, la Tortue de Floride est ainsi devenue une menace pour l’équilibre écologique.

Depuis novembre 1997, l’importation de cette espèce est interdite dans la Communauté Européenne. Suite à l’interdiction d’importation, le nombre de tortues captives a cessé de croître. Désormais interdites à la vente, leur détention est réglementée.

Il est important maintenant de ne plus relâcher de tortues de Floride dans la nature. Au contraire, les tortues doivent être déposées dans des centres spécialisés accueillant les spécimens délaissés.

  Grenouille taureau

La grenouille taureau (Rana catesbeiana) - Crédit photo : Sandrine Saurat - Cistude Nature Ce batracien qui vit jusqu’à l’âge de neuf ans environ hiberne d’octobre à mars. La grenouille taureau se nourrit à 50 % d’autres amphibiens et de tout ce qui passe à sa portée : crustacés, insectes, ou même des oisillons. Cet animal produit donc des déséquilibres biologiques dans les cours d’eau et les étangs qu’il envahit.

La grenouille taureau, qui est présente dans certains plans d’eau ou la tortue de Floride, concurrencent dangereusement des espèces autochtones d’amphibiens ou de reptiles comme la Cistude d’Europe par exemple.

C’est pourquoi un programme d’éradication a été mis en place dans notre région. Les prises se font par piégeage avec des grosses nasses, pour les stades têtard ou juvénile, et par tir de nuit (au 22 long rifle) sur les animaux adultes, au moment où elles sont le plus actives et le plus faciles à repérer.

  Écrevisse de Louisiane

Écrevisse de Louisiane (Procambarus clarki) - Crédit photo : Sandrine Saurat - Cistude Nature Originaire du sud-est des États-Unis et du Mexique, l’écrevisse rouge de Louisiane (Procambarus clarki) a été introduite en France en 1976 pour y être élevée.

Échappée d’élevage, capable de résister à des conditions extrêmes (gel, fortes températures…), cette espèce a proliféré rapidement du fait d’une reproduction efficace.

Considérée comme envahissante, elle poursuit sa progression sur l’ensemble du territoire. Son habitat naturel reste le marécage, mais elle s’adapte parfaitement dans tous les milieux aquatiques, même pauvres en oxygène (étangs, lacs, marais, rivière, ruisseaux..).

Son pouvoir colonisateur lui permet de survivre plusieurs jours hors de l’eau.

L’écrevisse de Louisiane cause de profonds déséquilibres dans l’écosystème où elle est présente en se nourrissant d’herbiers aquatiques et en s’attaquant aux mollusques, tétards de grenouilles, insectes, larves, jeunes poissons…

Les terriers qu’elle creuse fragilisent les berges et dégradent la qualité de l’eau en la rendant trouble.

Télécharger :
Arrêté vertébrés du 30 juillet 2010 (format pdf - 92.1 ko - 05/02/2015)
Arrêté du 8 juillet 2013 - Liste des espèces non indigènes d’animaux classés nuisibles sur l’ensemble du territoire métropolitain (format pdf - 610.3 ko - 05/02/2015)

Plus d’information :
Sur le site du ministère de l‘Environnement
Sur le site Inventaire National du Patrimoine Naturel
Les fiches descriptives des espèces végétales exotiques envahissantes élaborées par la fédération des Conservatoires Botaniques Nationaux
Les espèces exotiques envahissantes dans les milieux aquatiques, ONEMA