Stratégies logistiques territoriales : planifier, coopérer, implanter
Entretien croisé entre Sylvia LABEQUE, directrice du Syndicat Mixte du SCoT de l’Aire Métropolitaine Bordelaise (SYSDAU) et Audrey LE BARS, directrice du Groupement d’Intérêt Public (GIP) Chemparc.
Le SYSDAU pilote le SCoT de l’Aire métropolitaine bordelaise, qui couvre 94 communes et s’inscrit dans une logique bioclimatique ambitieuse. Cette approche consiste à aménager le territoire en tenant compte des effets du changement climatique, des risques naturels, de la biodiversité et de la ressource en eau, en partant de la capacité réelle d’accueil des espaces plutôt que d’une projection purement économique. Dans un territoire particulièrement attractif, l’enjeu est d’accepter les limites, d’éviter une polarisation excessive et de rééquilibrer les fonctions économiques et logistiques. Déclinaison territoriale du SRADDET, le SCoT repose sur la sobriété foncière — en mobilisant prioritairement les espaces déjà artificialisés — et sur la concentration des implantations logistiques dans des zones favorisant le report modal ferroviaire et fluvial. Opposable aux PLU et PLUi, il s’accompagne d’une méthode fondée sur la concertation continue avec élus et acteurs professionnels, afin de garantir une planification opérationnelle, capable d’encourager des formes logistiques plus compactes, multi-fonctionnelles et intégrant pleinement la transition énergétique.
De son côté, le GIP Chemparc structure la dynamique industrielle du bassin de Lacq, territoire à dominante chimique et énergétique organisé autour de quatre plateformes. Sa spécificité repose sur une logistique ferroviaire intégrée, avec des sites embranchés et des installations terminales embranchées (ITE), constituant un atout majeur en matière de décarbonation et de compétitivité. Dans une logique de réindustrialisation, près de 3 milliards d’euros d’investissements sont programmés à l’horizon 2030. L’anticipation y joue un rôle central : études prospectives, programmation triennale des besoins, intégration des enjeux logistiques dans les documents d’urbanisme et planification d’une plateforme de ferroutage (7 hectares identifiés). Si le foncier est maîtrisé, le véritable défi réside désormais dans la capacité à financer et mutualiser les infrastructures, et à consolider des coopérations inter-territritoriales plus structurantes, afin de faire de la logistique un levier stratégique au service d’un écosystème industriel bas carbone.
En résumé, les quatre idées-clés de l’entretien
L’approche territoriale de la logistique selon un nouveau paradigme : la planification "bioclimatique"
La logistique est une fonction intégrée à l’aménagement global du territoire qui nécessite d’abord de partir du réel. La stratégie repose sur la capacité réelle des territoires à accueillir le développement en tenant compte des limites écologiques (biodiversité, ressources en eau, risques naturels) et du changement climatique. A cela, s’ajoute la recherche d’un rééquilibrage territorial afin d’éviter une concentration excessive des emplois logistiques dans les métropoles pour favoriser un équilibre à toutes les échelles.
Sobriété foncière et innovation opérationnelle
Face aux enjeux écologiques, la gestion stratégique du foncier devient cruciale avec deux types de leviers :
- priorité au déjà-bâti : l’accent est mis sur la requalification des friches et l’utilisation des espaces déjà artificialisés pour préserver les zones naturelles, agricoles et forestières ;
- vers de nouvelles formes logistiques : pour optimiser l’espace, les acteurs envisagent des structures plus compactes, voire des constructions en hauteur, et une plus grande multifonctionnalité des zones d’activités.
La primauté du report modal
Le développement logistique doit s’inscrire dans une logique de report modal, conditionné par la capacité des infrastructures lourdes à l’assurer. Les nouvelles implantations doivent être hiérarchisées en fonction de leur accès au ferroviaire, au maritime et au fluvial.
L’exemple du bassin de Lacq, territoire industriel, illustre cette tendance avec une logistique ferroviaire intégrée (sites embranchés) et le projet d’une plateforme de ferroutage de 7 hectares pour décarboner le transport.
De la planification à l’écosystème : le défi de la coopération
La réussite des stratégies logistiques territoriales ne dépend pas seulement du foncier disponible ou de l’accès aux infrastructures de report modal. Elle est désormais fortement dépendante de la solidité de la gouvernance et du montage économique des projets, avec deux leviers importants en termes de financement :
- la coopération public-privé : des structures comme le GIP Chemparc ou des dispositifs tels que "Territoires d’industrie" permettent de coordonner les investissements (3 milliards d’euros prévus à Lacq d’ici 2030) ;
- la mutualisation des moyens financiers : le véritable enjeu actuel réside dans la capacité des acteurs (État, collectivités, industriels) à mutualiser les investissements, particulièrement pour les infrastructures ferroviaires.
En conclusion, la logistique territoriale passe d’une logique d’opportunité foncière à une stratégie systémique où la sobriété, la décarbonation par le report modal et la coopération interterritoriale sont les maîtres-mots.
La présente conférence a été organisée en partenariat avec :