La protection et la valorisation du patrimoine géologique

La région Nouvelle-Aquitaine comprend un patrimoine géologique très riche.

Deux chargés de missions du service patrimoine naturel apportent leur éclairage sur les enjeux de connaissance et reconnaissance de ce patrimoine.

Podcast - La protection et la valorisation du patrimoine géologique

© DREAL Nouvelle-Aquitaine

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Bertrand, vous êtes en charge de la connaissance et de la structuration des données naturalistes, mais vous avez aussi la responsabilité de la coordination de l’inventaire géologique. Pourriez vous nous dire en quoi cela consiste ?
Je suis en effet chargé de la connaissance sur la faune et la flore sur le Limousin, mais j’ai aussi en charge la connaissance géologique sur l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine. Réglementairement, le Code de l’environnement prévoit la réalisation d’un inventaire de notre patrimoine géologique, au même titre que le programme ZNIEFF pour la biodiversité, sans doute plus connue, et la DREAL est chargée de coordonner cet inventaire en région. Cet outil de connaissance est mis à la disposition de tous propriétaires, citoyens et élus pour informer ou aider à la décision dans les projets d’aménagement. Il est aussi utilisé pour mettre en place des outils de protection du patrimoine géologique comme les réserves naturelles.

Alors pourquoi faire cet inventaire ?
Parce que le patrimoine est fragile. Il est soumis à l’érosion et subit parfois des pillages pour des fossiles ou des minéraux. Il est aussi impacté par divers travaux et peut être détruit par méconnaissance. Tout cela amène sa destruction de manière irréversible. La connaissance des sites constitue une étape essentielle pour les préserver et les valoriser. Je ne fais évidemment pas ce travail d’inventaire tout seul. Je travaille en étroite collaboration avec des experts régionaux rassemblés au sein de la Commission régionale du patrimoine géologique pour définir une stratégie et effectuer ces inventaires. Deux structures en particulier nous accompagnent dans ce travail. l’Arène de Saucats, La Brède et la Communauté de communes du Thouarsais. Au niveau national, le Muséum national d’histoire naturelle et le ministère en charge de l’écologie pilote ce programme. Ils sont les garants d’une harmonisation entre toutes les régions. Enfin, lorsqu’un site est inventorié, la donnée est intégrée dans le système d’information de l’inventaire du patrimoine naturel, le cnpe. Il comporte trois volets principaux la faune, la flore et la géologie. Donc, nous participons à la gestion de cette base de données. J’essaie ensuite de valoriser cet inventaire avec l’appui de la communauté géologique régionale, en créant des outils plus accessibles au grand public ou à travers des publications.
Valérie Vous occupez d’aires protégées. Elles concernent le vivant mais également le minéral.

Quels outils mettez vous en œuvre pour cela ?
En fait, il existe plusieurs outils de protection. Ils sont complémentaires les uns avec les autres. C’est à dire que selon l’objectif, l’enjeu, l’urgence, le contexte local, et bien un outil sera plus adapté, efficace qu’un autre. A la DREAL, mon travail consiste à mettre en œuvre des outils de protection en faveur du patrimoine naturel remarquable, qu’ils soient d’ordre biologique ou géologique. Bien sûr, le préalable à toute protection est une reconnaissance de l’intérêt du site que démontrent des études scientifiques, par exemple pour la géologie, Le fait qu’un site soit cité à l’inventaire national du patrimoine géologique est un gage de qualité. Ensuite, il est possible de déployer deux types d’outils de protection les réserves naturelles, nationales ou régionales, selon si c’est l’Etat ou la région qui est à la manœuvre. Et puis les arrêtés préfectoraux relatifs à la protection des sites géologiques, qui sont en fait le pendant des APB, des arrêtés préfectoraux de protection de biotope. Mais pour la géologie, s’agissant précisément des réserves naturelles nationales, il s’agit d’un des niveaux de protection de la nature les plus élevés en France avec les parcs nationaux. C’est clairement un outil juridique déployé pour un espace naturel d’exception. Son classement est prononcé par décret et l’ensemble des activités interdites ou réglementées sur l’espace y sont énumérées. C’est également un outil de gestion à long terme, avec la désignation d’une structure gestionnaire et des financements annuels dédiés. Les arrêtés préfectoraux relatifs à la protection des sites géologiques sont quant à eux plus légers à déployer, car mis en place à l’échelle des départements par le préfet. Ils permettent de limiter également les pressions et les activités qui menacent les sites géologiques. Mais il n’y a ni gestionnaire ni moyens financiers associés. D’une façon générale, tous ces dispositifs de protection nécessitent une concertation locale forte, car l’acceptation par les acteurs locaux est un gage de l’efficacité de ces outils. Enfin, on peut remarquer que de nombreux sites géologiques sont le support d’une biodiversité remarquable. En fait, il existe souvent un lien entre la roche, le sol, la flore et la faune et les outils de protection peuvent ainsi se déployer avec une double motivation le minéral et le vivant.

En quelques mots, quelles sont les principales caractéristiques du patrimoine géologique en Nouvelle-Aquitaine ?

On peut diviser la Nouvelle-Aquitaine en plusieurs grands ensembles. Il y a d’abord des massifs anciens le Massif central au nord Est et une petite partie du massif armoricain au nord. Nous avons également des bassins sédimentaires, à savoir le bassin aquitain au sud et la partie méridionale du bassin parisien. Ces deux bassins étant séparés par ce que l’on appelle le seuil du Poitou. Il y a aussi un massif plus récent au sud, les Pyrénées. Il faut également souligner la présence d’une singularité dans notre région. C’est L’astroblème de Rochechouart, en Haute-Vienne, qui résulte de la chute d’une météorite il y a un peu plus de deux cents millions d’années. On trouve donc une grande palette de roches dans notre région, des roches sédimentaires comme les calcaires ou des grès, des roches magmatiques comme les granites, les diorite ou les basaltes, et des roches métamorphiques issues de la transformation des deux groupes précédents comme les glaces ou les schistes. Cette variété de roches et de formes de reliefs témoigne d’une histoire géologique longue et complexe pour notre région.

Et où en est l’inventaire du patrimoine géologique en Nouvelle-Aquitaine ?
Actuellement, on compte près de 600 sites inventoriés sur notre région. Mais cet inventaire se poursuit encore aujourd’hui. Alors, ce sont des carrières, des affleurements, des grottes, des résurgences des vallées, mais également des collections minéralogiques ou des musées. Leur taille varie de quelques mètres carrés pour des petits affleurements à plusieurs hectares pour les vallées par exemple. Si certains sites ont un intérêt local ou régional uniquement, de nombreux sites ont une importance nationale, voire internationale. Alors la liste pourrait être très longue en raison de la grande diversité géologique de la région. Mais on peut citer quelques sites emblématiques. Nous avons L’astroblème de Rochechouart, Chassenon à cheval sur la Haute-Vienne et la Charente, les restes de coulées volcaniques de Bort-les-orgues en Corrèze ou le chaos granitique des pierres jaumâtres. En Creuse, il y a aussi la résurgence de la Touvre. En Charente, le fossé d’effondrement de Saint-Maixent-l’école dans les Deux-Sèvres, les nombreuses cavités de Dordogne, la Dune du Pilat en Gironde ou le massif de la Rhune en Pyrénées Atlantiques. Ce sont des sites incontournables. Nous avons aussi des stratotype comme sur la réserve de stockage de sang Gironde. Ce sont des affleurements qui servent de référence nationale pour définir un étage géologique.

Parmi ces sites d’intérêt géologique, quels sont ceux qui font l’objet d’une protection ?
Parmi les 22 Réserves naturelles nationales de NA, 14 sont inscrites à l’Inventaire national du patrimoine géologique, dont trois ont été créées spécifiquement en raison de leur patrimoine géologique. Il s’agit précisément de la réserve de ce cas La Brède en Gironde. La réserve du Tarsien dans les Deux-Sèvres et la réserve de L’astroblème de Rochechouart, Chassenon. On peut également citer la Réserve naturelle régionale des carrières de Tercis Sleibhin dans les Landes. Et puis deux autres projets qui sont en phase d’élaboration et devraient aboutir dans quelques mois, l’une sur le sud de la Haute-Vienne et l’autre sur le Haut Poitou. S’agissant des arrêtés préfectoraux relatifs à la protection des sites d’intérêt géologique, quatre sites sont actuellement protégés dans les départements de la Haute-Vienne et de la Creuse, et des sites devraient prochainement l’être en Gironde, dans le Lot-et-Garonne et la Corrèze. Enfin, d’autres sites ont été acquis par des collectivités ou par le Conservatoire des espaces naturels et bénéficient déjà d’aménagements permettant leur protection et leur valorisation pédagogique.

Quels outils avez-vous mis en œuvre pour sensibiliser le grand public ?
Depuis le début de l’inventaire, beaucoup d’outils ont été créés. Nous avons édité une plaquette d’information qui explique ce qu’est cet inventaire pour de nombreux sites. Aussi, des fiches simplifiées accessible au grand public ont également été réalisés. Et plus récemment, nous avons publié une exposition itinérante de 10 kakemonos. Tous ces éléments sont disponibles sur le site internet de la DREAL en libre accès par tous. Ces actions de valorisation sont le fruit d’un travail collectif, car c’est toute une équipe qui élabore ce genre de document, en plus des experts géologues. Nous avons mis à contribution la cellule communication de la DREAL pour les photographies ou encore les mises en page. Au-delà de ces publications en régie, la DREAL finance l’élaboration d’ouvrage pour lequel Valérie et moi participons également à la rédaction. Et parmi les ouvrages édités, on peut citer la collection des balades géologiques qui allie promenades et découvertes géologiques avec celle D’argentat en Corrèze ou celle de Chassenon Pressignac Rochechouart. On peut aussi citer la collection des curiosités géologiques du BRGM que nous finançons. Enfin, nous contribuons également avec Valérie à de nombreuses publications dans diverses revues locales ou nationales sur le patrimoine géologique de Nouvelle-Aquitaine, sur les réserves naturelles associées à une thématique géologique, il est souvent nécessaire de faire preuve d’originalité pour accrocher les visiteurs et les sensibiliser aux enjeux existants. Un vrai challenge pour un sujet qui, de prime abord, pourrait en rebuter plus d’un. La plupart des réserves disposent d’une maison d’accueil ou une muséographie qui permet aux visiteurs de découvrir le site avec des médias ludiques. Les dispositifs successifs que sont le plan de relance, le Fonds vert, ont pu permettre de financer des projets de valorisation et notamment le renouvellement de la scénographie. C’est par exemple le cas pour la réserve naturelle de L’astroblème de Rochechouart, Chassenon, que je vous invite à aller visiter. Il faut savoir que l’État alloue annuellement des moyens financiers qui sont dédiés au financement de postes sur l’éducation à l’environnement et donc à la sensibilisation aux enjeux géologiques. Par ailleurs, André-charles, nous travaillons sur le projet original d’une mallette pédagogique géologique qui devrait permettre à tous les gestionnaires de réserves naturelles de Nouvelle-Aquitaine de mieux comprendre la géologie de leurs réserves et de disposer d’outils pédagogiques sur le sujet pour les visiteurs. Enfin, la DREAL Nouvelle-Aquitaine a édité un poster des réserves naturelles de Nouvelle-Aquitaine inscrit à l’Inventaire national du patrimoine géologique, et ce poster est disponible à la demande au service du patrimoine naturel de la DREAL ou bien sur son site internet. Lorsqu’on parle de patrimoine, on réfléchit à ce qu’on lègue aux générations futures.

Y a t il un risque qui pèse sur le patrimoine géologique ?
Oui bien sûr. Les sites peuvent être vandalisés ou pillés pour leurs fossiles ou leurs minéraux. La végétation peut aussi rendre invisible, détruire ou dégrader des sites. L’érosion du trait de côte est aussi un facteur de destruction de certains sites. D’un autre côté, si certains sites peuvent disparaître, de nouvel parfois fort intérêt peuvent aussi être révélés lors de travaux d’aménagements routiers, des carrières ou encore par cette même érosion côtière.

Existe-t-il des outils pour faciliter les apprentissages ?

Un équivalent de plan de point net pour les cailloux. Alors oui, il en existe bien une roche à identifier qui est une appli qui identifie les cristaux, les pierres et les roches. Alors elle est malheureusement payante et je n’ai pas évalué sa fiabilité. Par contre, une application gratuite de reconnaissance de roche est en cours de développement au niveau national. Elle s’appelle Roche. Son développement est bien avancé et elle devrait bientôt être disponible. Pour le moment, il faut s’appuyer bien sûr sur les nombreux spécialistes et structures un peu partout en Nouvelle-Aquitaine pour vous faire découvrir ce patrimoine et vous apprendre à reconnaître des cailloux. Les fiches disponibles sur le site internet de la DREAL, fiche de l’inventaire et les fiches simplifiées ont aussi une forte valeur pédagogique. Elles sont conçues dans cet esprit et d’ailleurs utilisées par le corps enseignant.

Quelles actions permettraient de mieux faire respecter le patrimoine géologique ?
Selon moi, la base, c’est la sensibilisation aux enjeux en lien avec la géologie. Cependant, il faut être honnête, les cailloux ne sont pas aussi vendeur que le vivant. C’est dur, froid, inerte. Leur histoire s’échelonne sur des milliers, voire des millions d’années. Une échelle des temps que l’on a beaucoup de mal à appréhender. Pourtant, ils sont représentatifs d’une partie de l’histoire de la Terre, font figure de chambre d’enregistrement des événements qui ont pu marquer son modelage, et ce que l’on peut voir à un endroit ne sera pas forcément le même qu’ailleurs, voir sera unique. On peut citer par exemple L’astroblème de Rochechouart, Chassenon, qui est en fait la trace d’une collision d’un astéroïde sur Terre. Il y en a qu’un en France, il y en a deux cents dans le monde. Nous avons donc une responsabilité à conserver cette trace pour nous même et pour les générations futures. Ensuite, on pourrait envisager une meilleure intégration du patrimoine géologique dans les documents d’urbanisme afin de ne pas construire sur des sites d’intérêt. Les documents de planification prennent en compte aujourd’hui les znieff pour la faune et la flore. Il pourrait en être de même pour les sites géologiques. S’agissant des arrêtés de protection, nous travaillons actuellement sur une signalétique qui pourrait être posée sur les sites afin de matérialiser le périmètre. Préciser l’intérêt de ces sites et signaler les interdictions. Enfin, il faudrait certainement allouer davantage de moyens auprès des services de police de l’environnement afin de faire respecter la réglementation. Merci à vous deux pour cet éclairage sur ce domaine encore trop méconnu.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur ce sujet, quelles sources recommandez-vous ?
Vous trouverez beaucoup d’éléments et de références sur le site internet de la DREAL. Thématique Patrimoine naturel rubrique Biodiversité Géodiversité. Vous pouvez aussi consulter le système d’information de l’inventaire du patrimoine naturel, le CNP de la Nouvelle-Aquitaine aux volets géologiques. Et vous pouvez bien sûr visiter un des nombreux sites géologiques ouverts au public. Voilà, Bertrand et moi même, nous restons à votre disposition pour vous orienter ou vous donner de l’information.

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